Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu L'assiste, a adressé un discours à la nation, samedi soir, à l'occasion de la Glorieuse Fête du Trône, marquant le 23ème anniversaire de l'accession du Souverain au trône de Ses glorieux ancêtres.
Voici le texte intégral du Discours Royal :
« Louange à Dieu, Prière et salut sur le Prophète, Sa famille et Ses compagnons.
Mon Cher Peuple,
La célébration de la Glorieuse Fête du Trône, qui coïncide avec l'avènement du Nouvel An Hégire, constitue une opportunité annuelle pour renouveler les liens d'allégeance mutuelle entre le Trône et le Peuple. Nous louons Dieu Tout-Puissant de Nous avoir comblés de ce lien indéfectible qui, à travers l'histoire, a résisté aux épreuves dans l'aisance comme dans l'adversité. La célébration de cette année, de cette date chère à tous les Marocains, intervient dans un contexte conjoncturel fluctuant, marqué par la persistance des répercussions de la pandémie de Covid-19 et les répercussions des fluctuations internationales sur l'économie nationale et mondiale. Nous ne pourrons relever les défis internes et externes qu'en conjuguant l'esprit d'initiative et les ressorts de la résilience pour consolider la stabilité sociale, promouvoir la condition de la femme et de la famille, et renforcer les capacités de l'économie nationale.
Mon Cher Peuple,
L'édification du Maroc du progrès et de la dignité auquel nous aspirons ne pourra se faire sans la participation de tous les Marocains, hommes et femmes, au processus de développement. C'est pourquoi nous réaffirmons avec insistance la nécessité de la participation pleine et entière de la femme marocaine dans tous les domaines. Depuis Notre accession au Trône, Nous avons veillé à promouvoir la condition de la femme, à lui ouvrir de nouveaux horizons d'épanouissement et à lui accorder la place qui lui revient de droit. Parmi les réformes majeures que Nous avons menées figurent la promulgation de la Moudawana (Code de la famille) et l'adoption de la Constitution de 2011, qui consacre l'égalité entre l'homme et la femme en matière de droits et de devoirs, et stipule le principe de la parité comme objectif que l'État œuvre à atteindre. Il ne s'agit point ici d'octroyer à la femme des privilèges immérités, mais bien de lui restituer ses droits légaux et légitimes. Dans le Maroc d'aujourd'hui, la femme ne saurait être privée de ses droits. À cet égard, Nous appelons à l'activation des institutions constitutionnelles concernées par les droits de la famille et de la femme, ainsi qu'à la mise à niveau des mécanismes et législations nationales pour parachever la promotion de sa situation. Si le Code de la famille a constitué une avancée qualitative, il s'avère aujourd'hui insuffisant, l'expérience ayant montré qu'plusieurs entraves se dressent sur la voie de cet essor et font obstacle à l'atteinte de ses objectifs. Parmi celles-ci figure sa mauvaise application due à des considérations sociologiques diverses, notamment le fait qu'une frange de fonctionnaires et de professionnels de la justice persiste à considérer que ce Code est l'affaire exclusive des femmes. En vérité, le Code de la famille n'est ni un code pour les hommes ni un code exclusif aux femmes ; c'est un code pour toute la famille. Le Code repose sur l'équilibre, car il accorde à la femme ses droits, confère à l'homme ses droits et préserve l'intérêt des enfants. Nous insistons donc sur la nécessité pour chacun de s'engager en faveur de l'application correcte et intégrale de ses dispositions juridiques. Il importe également de combler les dysfonctionnements et les insuffisances relevés à l'expérience et de réviser, le cas échéant, les dispositions qui ont été détournées de leurs finalités. En Ma qualité d'Amir Al-Mouminine (Commandeur des Croyants), et tel que Je l'ai affirmé dans le discours présentant le Code devant le Parlement, Je ne saurais déclarer illicite ce que Dieu a rendu licite, ni déclarer licite ce que Dieu a rendu illicite, en particulier s'agissant des dispositions encadrées par des textes coraniques formels. Aussi veillons-nous à ce que cette démarche s'inscrive dans le cadre des finalités de la Sharia islamique et des spécificités de la société marocaine, tout en faisant appel à la modération, à l'Ijtihad ouvert, à la concertation et au dialogue, et en associant l'ensemble des institutions et instances concernées. Dans le même esprit, Nous appelons à généraliser les tribunaux de famille à toutes les régions et à les doter de ressources humaines qualifiées et de moyens matériels adéquats pour s'acquitter au mieux de leurs missions. Chacun doit comprendre que l'émancipation de la femme et l'octroi de ses droits ne se font point aux dépens de l'homme, pas plus qu'ils ne se font au détriment de la femme. Car le progrès du Maroc est intrinsèquement lié à la place de la femme et à sa participation agissante dans les différents secteurs de développement.
Mon Cher Peuple,
Comme vous le savez, la conjoncture de ces dernières années a été marquée par l'impact de la crise de la Covid-19 sur les différents plans économiques et sociaux. De nombreux citoyens, en particulier au sein des catégories vulnérables et démunies, ont lourdement pâti de ces répercussions sur les plans économique et social. Mais Dieu soit loué, Nous avons pu gérer cette phase ardue d'une manière unique, grâce à la synergie des efforts déployés par les citoyens et les autorités. L'État a consenti des efforts colossaux et supporté des charges financières lourdes pour faire face aux répercussions de cette pandémie, en octroyant des aides financières directes aux familles nécessiteuses et en soutenant les secteurs touchés. Il a également veillé à approvisionner régulièrement les marchés en denrées de première nécessité, en quantités suffisantes et dans toutes les régions du pays. Le Maroc a été, au témoignage de tous, l'un des premiers pays à acquérir le vaccin et à le fournir gratuitement à l'ensemble des citoyens et des résidents étrangers au Maroc, en dépit de son coût exorbitant. Dans le même sillage, Nous avons entamé la mise en œuvre du grand chantier de la généralisation de la protection sociale et de la mise à niveau du système national de santé. Nous avons lancé un ensemble de projets visant à réaliser la souveraineté sanitaire et à garantir la sécurité et la sûreté des citoyens. C'est ainsi qu'en moins d'un an, le nombre d'affiliés au régime de l'Assurance Maladie Obligatoire (AMO) a dépassé les six millions de travailleurs non-salariés et leurs ayants droit. La couverture médicale obligatoire sera parachevée avant la fin de cette année par sa généralisation aux bénéficiaires du régime "RAMED". Nous sommes également résolus, avec l'aide et la grâce de Dieu, à procéder à la généralisation progressive des allocations familiales, à compter de fin 2023, conformément au programme tracé. Environ sept millions d'enfants, issus notamment de familles vulnérables et démunies, ainsi que trois millions de familles sans enfants en âge de scolarité, bénéficieront de ce projet de solidarité nationale. À cette fin, Nous appelons à accélérer la mise en place du Registre Social Unifié (RSU), en tant qu'instrument idoine pour cibler l'octroi des aides et en garantir l'efficience.
Mon Cher Peuple,
Grâce à la conjugaison des efforts de l'État et des secteurs public et privé, l'économie nationale a su résister aux crises et aux fluctuations, réalisant des résultats positifs dans les différents secteurs productifs. Cependant, la phase de reprise a été de courte durée en raison de la conjoncture mondiale actuelle. Ces facteurs externes, conjugués aux résultats d'une campagne agricole modeste, ont provoqué une hausse des prix de certains produits de base, un problème que subissent d'ailleurs tous les pays. Conscients de l'impact de cette situation sur les conditions de vie de larges couches de citoyens, Nous avons lancé un programme national visant à atténuer les effets de la sécheresse sur les agriculteurs et les populations du monde rural. Nous avons également ordonné au gouvernement de mobiliser d'importants crédits pour subventionner les prix de certains produits de première nécessité et en garantir l'approvisionnement sur les marchés. C'est là un moindre mal pour les Marocains. Dans ce cadre, le budget de la Caisse de compensation a été doublé pour dépasser 32 milliards de dirhams au titre de l'année 2022. Parallèlement, Nous appelons à renforcer les mécanismes de solidarité nationale et à lutter avec fermeté et responsabilité contre la spéculation et la manipulation des prix. En dépit des fluctuations qui caractérisent la situation internationale, nous devons garder l'optimisme et concentrer nos efforts sur nos points forts. Nous devons impérativement saisir les opportunités et les perspectives offertes par ces mutations, notamment en matière d'attraction des investissements, de stimulation des exportations et de promotion du produit national. À cet égard, Nous appelons le gouvernement ainsi que les milieux politiques et économiques à œuvrer pour faciliter l'accueil des investissements étrangers qui choisissent notre pays en cette conjoncture mondiale, et à lever les entraves qui se dressent devant eux. Car le plus grand danger qui menace le développement du pays et la promotion des investissements réside dans les entraves préméditées dont les auteurs visent à réaliser des profits personnels et à servir des intérêts particuliers. C'est là ce qu'il faut combattre.
Mon Cher Peuple,
Notre engagement en faveur de la promotion des conditions économiques et sociales n'a d'égal que Notre souci permanent de traiter les priorités du Maroc aux plans régional et international. Dans ce cadre, Je tiens à souligner une fois de plus que les frontières qui séparent les deux peuples frères, marocain et algérien, ne seront jamais des frontières fermant les horizons de la communication et de la compréhension entre eux. Bien au contraire, Nous voulons qu'elles soient des ponts portant entre leurs mains l'avenir du Maroc et de l'Algérie, et servant d'exemple aux autres peuples maghrébins. À cette occasion, J'exhorte les Marocains à persévérer dans l'observance des valeurs de fraternité, de solidarité et de bon voisinage qui nous unissent à nos frères algériens, auxquels Nous assurons qu'ils trouveront toujours le Maroc et les Marocains à leurs côtés en toutes circonstances. Quant aux allégations accusant les Marocains d'injurier l'Algérie et les Algériens, ceux qui s'y adonnent de manière irresponsable cherchent à attiser la fitna (la discorde) entre les deux peuples frères. Ce qui se dit au sujet des relations maroco-algériennes est insensé et affligeant. Nous n'avons jamais permis et ne permettrons à personne de nuire à nos frères et voisins. Pour ce qui est du peuple marocain, nous tenons à sortir de cette situation et à renforcer le rapprochement, la communication et la compréhension entre les deux peuples. Nous aspirons à œuvrer avec la présidence algérienne pour que le Maroc et l'Algérie se donnent la main afin d'établir des relations normales entre deux peuples frères, unis par des liens historiques et humains, et un destin commun.
Mon Cher Peuple,
L'histoire du Maroc est jalonnée de leçons et de réalisations qui attestent que nous surmontons toujours les crises, grâce à la communion indéfectible entre le Trône et le Peuple, et grâce aux sacrifices des Marocains libres. Aujourd'hui, il Me plaît de t'exprimer, Mon Cher Peuple, Ma gratitude et Mon estime pour ce dont tu as fait preuve, en toutes circonstances, en termes d'amour pour la patrie, de zèle pour l'unité nationale et territoriale, et d'attachement à la défense des symboles et des constantes sacrées de la nation. Je saisis cette glorieuse occasion pour adresser un vibrant hommage et exprimer Ma considération à l'ensemble des composantes de Nos Forces Armées Royales, de la Gendarmerie Royale, de la Sûreté Nationale, des Forces Auxiliaires et de la Protection Civile, pour leur mobilisation permanente sous Notre commandement pour la défense de l'unité de la patrie, de sa sécurité et de sa stabilité. Nous évoquons également avec piété et recueillement la mémoire pure des martyrs glorieux de la patrie, à leur tête Nos vénérables grand-père et père, Leurs Majestés Mohammed V et Hassan II, que Dieu les entoure de Sa miséricorde. La meilleure façon de conclure est de citer la parole divine : « À côté de la difficulté est, certes, une facilité ! Oui, à côté de la difficulté est, certes, une facilité ! Quand tu es libéré, donc dresse-toi, et aspire à ton Seigneur » (Sourate Ach-Charh, Versets 6-8). Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous.»